Quittant Le Pont de Montvert en longeant le Tarn, Eric Poindron traverse Cocurès et Bédouès pour rejoindre Florac avant de se diriger sur St Germain de Calberte.

GR70. Sur le Chemin Stevenson du Pont de Montvert à Florac en Lozère

Sur le Chemin Stevenson du Pont de Montvert à Florac en Lozère
par Eric Poindron

GR70. Sur le Chemin Stevenson du Pont de Montvert à Florac en LozèreÀ force de pluie et de brume, les destinations deviennent incertaines. Bonnets péruviens sur les oreilles et une ânesse à la place du lama, nous longeons l'Apurimac, enfin le Tarn, on ne sait plus trop. Nous avons évité le col de la Planète et le col du Sapet. Nous voilà coincés entre la rivière boursouflée, la bruine hostile et la route mince. Au-dessus de la rivière, les terrasses et les à-pics des gorges du Tarn toutes proches nous rapetissent davantage. Écrasés par la vallée tortueuse. Le ciel s'assombrit à chaque pas. Les nuages se pressent dans la cuvette et tous les ruisseaux semblent se donner rendez-vous dans le Tarn bruyant. Noée hésite à se mettre en marche, s'affole et, après une ruade inattendue, s'immobilise.

GR70. Sur le Chemin Stevenson du Pont de Montvert à Florac en LozèreSon premier vrai refus depuis le départ. À l'arrêt sous la pluie, elle reste un long moment recroquevillée. Les cieux grondent et déversent leur bile. Une vengeance divine, dirait le croyant. Ai-je passé trop de temps au temple, moi le catholique ? La pluie qui redouble, décourage. On croit glisser dans le sac à dos des instruments de mesure, des tables d'orientation pliantes, mais parfois ce sont des déveines qui s'y cachent. Route et déroute font voyage commun. En cet instant de doute et de désenchantement, je me raccroche aux mots de Cees Nothboom, le nomade, le poète: " Pourquoi n' étais-je pas au bureau comme les autres, pourquoi étais-je là à me faire mouiller au bord de la route pendant qu'ils travaillaient ? . [...] Et d'avoir ainsi bourlingué, en ai-je été moins seul? "

Tous les marcheurs, les grands voyageurs, se sont un jour confiés et laissés choir... Les moines japonais, les pèlerins russes et les poètes suisses... Écoutez-les lorsqu'ils se confessent. Cheminant dans les campagnes françaises, Jacques Lacarrière règle son compte à l'optimisme. André Velter sait dire le monde et le maudire. Gilles Lapouge, bien que gentleman français, avoue que "ces incertitudes l'incommodent et qu'elles le forcent à s'interroger sur ce qu'il est"... Sans oublier les voyageuses qui accomplirent des voyages remarquables, terribles... madame Eberhardt, qui n'est pas la soeur d'Arthur Rimbaud, madame David-Neel, madame Maillart. Et Kavvadias en mer de Chine et Nicolas Bouvier sur l'île d'Aran... Que les oubliés m'excusent; à tant peiner sous cette pluie qui dura une journée, j'ai dû penser à eux.

GR70. Sur le Chemin Stevenson du Pont de Montvert à Florac en LozèreLa pluie est le cordon ombilical qui vous relie au ciel, la colonne vertébral du voyage. Sans elle, on ne grandit pas. Dans la boue, l'absence et le froid, il faut s'armer de patience. Voyage avec un âne damné dans les Cévennes... Un symbole avant d'arriver dans les Cévennes, les vraies... Géographiquement, en voilà l'entrée. Dans l'attente, on écrit. Si c'est mauvais, on recommence...

GR70. Sur le Chemin Stevenson du Pont de Montvert à Florac en LozèreFin d'après-midi. Il pleut toujours autant mais l'ânesse se décide à reprendre la route. À chaque pas, le sol accidenté nous brise les genoux. Le visage enfoui sous les capuches de nos imperméables, nous ne voyons rien des sapins, des hêtres et des châtaigniers alentours, confisqués par la brume. Nous pressons le rythme pour rattraper le retard, sans prendre garde aux villages et aux hameaux. Cocurès, Bédouès, des noms notés à la hâte sur le carnet. Se rapprocher de Florac et s'abriter. Pressés, presque aveugles. L'eau coule dans mon dos mais le découragement s'estompe. C'est ça, notre charge, marcher et écrire, tous les jours, et puis recommencer. Un petit voyage mais un sacré voyage.

Autrefois, on naviguait sur le Tarn. La batellerie, permettait à quelques familles lozériennes de survivre. Le train l'a remplacée. Je tends le pouce du côté de la rivière, dans l'espoir qu'une hypothétique barge, accueille notre équipage et nous mène dérivants et insouciants jusqu' à Florac...

Arrivée à la nuit tombée. Voilà la porte des Cévennes, comme un second début de voyage. Certains soirs, l'amertume a des couleurs d'amertume. La nuit, tous les ânes sont gris comme des chats qui courent après les souris. Étoile lourde et basse, la lune veille sur les ânes et sur nos pas, sur nos vies sombres et nos marches silencieuses dans les villages endormis.

Tandis que le cortège passe, les villageois ferment les volets, montent le son, nuits nomades à courber le dos. Et la mélancolie pousse sur le chemin comme herbe folle. Il faut savoir s'affranchir de la peine. Terrasser la charge comme on le ferait du terrain, mettre à plat et redresser la tête. " En ce monde nous marchons / Sur les toits de l' enfer / Et regardons les fleurs. " Le haïku d'Issa revient comme un conseil. À force de courber le dos, on oublie d'empoigner l'univers, d'observer le grand spectacle, le manège des comètes. Alors je tends le regard. Même derrière son voile, la lune est une opale. extrait de "Belles étoiles" Avec Stevenson dans les Cévennes, collection Gulliver, dirigée par Michel Le Bris, Flammarion. Commander le livre Sur le Chemin Stevenson du Pont de Montvert à Florac en Lozère

L'Etoile Chambres et tables d'hôtes à La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et Cévennes

Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Maison d'hôtes se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, GR470 Sentier des Gorges de l'Allier, Montagne Ardéchoise, Margeride, Gévaudan et des randonnées en étoile à la journée. Idéal pour un séjour de détente.